Les mots ne riment pas tous

Les exhibitions littéraires d'un gentilhomme du XXIe siècle.

Mais de vous à moi, il n'y a de littéraire que l'apparence...

Autre tumblr : omeg-art.tumblr.com

"Dans la vallée se trouvent deux étangs.
L’étang du bas brille comme rempli d’argent en fusion, mais l’étang du haut est d’un vert sombre comme la mort, renfermant le reflet des montagnes dans son silence.
Mon visage est gluant. Derrière moi, il y a du sang sur les touffes d’herbes et de bambous nains que je viens de franchir. Des gouttes qui ont l’air de vouloir se mettre en mouvement.
De nouveau, la tiède pulsation du sang vient engorger mes narines.
Affolé, j’attrape le bout de tissu de ma ceinture pour me boucher le nez. Je me laisse tomber sur le dos.
Le soleil ne me touche pas directement, mais le vert du feuillage traversé par les rayons d’éboulit.
Le flot de sang freiné à mi-chemin dans mes narines, recule maintenant dans un mouvement désagréable. En respirant, je sens la masse remuer.
Le chant des cigales brunes assourdit l’air de la montagne. Soudain, une cigale verte se met à pousser un cri, comme si quelque chose l’avait effrayée.
L’atmosphère est telle que la moindre aiguille qui tombe semble devoir causer un désastre, en cette fin de matinée du mois de juillet.
Couvert de sueur, je reste étendu, livré au tintamarre des cigales, à l’oppression du vert, à la tiédeur du sol, aux battements de mon coeur, qui, pêle-mêle, s’amalgament dans ma tête, pour se figer en un point lumineux. Se figent-ils vraiment ? J’ai à peine le temps de me le demander que tout semble se disperser et s’en aller.
Comme immatériel, je suis attiré dans le ciel, confondu avec l’immensité.”

Incipit Ossements, Yasunari Kawabata, coll. La Pochotèque, Albin Michel, p. 37.

Pensées vespérales

Rimbaud - Eau - Khachaturian qui résonne dans ma chambre - Les émanations d’un encens récemment consumé flottent lourdement dans l’air - Une joie effacée d’un visage - Un sourire parti trop longtemps, comme une lettre sans réponse

Ce que j’aime chez Sade c’est qu’il est naturel ; pas culturel. C’est bien connu : ce qui nous pousse à être ce que nous sommes et aspirons à être, ce n’est pas nous, mais ce qui nous entoure. Rare sont les personnes qui peuvent se targuer d’avoir fait un métier qu’ils ont eux mêmes décidé ; il n’y a qu’à voir les regards interloqués des individus dès lors que vous faites un parcours qui sort de l’ordinaire. Bizarrement dans une société qui prône la liberté individuelle, rarement les individus auront étés à ce point pris, enchaînés, enfermés par la norme.
Or Sade n’est rien de tout cela. Même les personnages absurdes de Beckett, Camus, les épaves de Dostoïevski, d’Hamsun et de Baudelaire qui sont seuls et condamnés à vivre en dehors d’un tout qui compose la société sont prisonniers de cette dernière. Ceux de Sade sont une nouvelle vision de la société (nature), dans laquelle l’Homme ne crée par de normes futiles, l’Homme est un animal, il est pulsion. Il n’a que faire ce que diront ses congénères car ils sont comme lui ; alors que dans la vie réelle tout le monde cherche à se distinguer ; tout le monde n’a que faire de l’égalité, c’est qu’un idéal abstrait, qui fait bonne figure.

Un soir - Une rue et une fille qui allume une cigarette, son briquet illumine son visage poupin et la fumée décrit de longues circonvolutions qui s’élèvent lentement dans l’air - Paris et ses boulevards - Les trottoirs parsemés de crachats, de merde et de vomi - Un chien errant sans but, sale, malade et vieux ; sans doute est-ce un homme.

"De même qu’une bicyclette, de même qu’une roue, une fois lancées, ne peuvent demeurer stables que dans le mouvement et tombent dès qu’elles en sont privées, ainsi en va-t-il du jeu entre un homme et une femme : une fois commencé, il ne peut subsister que s’il se développe. Or, si aujourd’hui n’est pas en progrès sur hier, il n’y a plus de jeu"

Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne, Le Pavillon des cancéreux, chapitre 18, p. 349, coll. Pavillons Poche

L’amour -le jeu de l’amour et de la séduction- comme un bûcher, qu’il faut sans cesse approvisionner…  

T’as pas l’heure ?

Aujourd’hui je me suis acheté une montre. Pourquoi ? J’en sais rien, une autre lubie qui me prend parfois tout comme acheter frénétiquement des livres sur Amazon ou encore essayer de me masturber de la main gauche.

En tout cas me voilà armé d’un bracelet en métal qui brille au soleil ; alors le pseudo pianiste à deux balles que je suis vit assez mal ce déséquilibre des poignet, ma main gauche est plus lourde que la droite, ça fait bizarre mais on s’y habitue.

Il y a deux années de cela je parlais du temps et une ex-amie m’a dit qu’elle ne portait jamais de montre car cela était “un bracelet de menottes qui t’attache au temps”. Jamais je n’avais été aussi d’accord avec elle ; mais voilà que j’ai moi aussi ces menottes. Les grecs de l’antiquité disaient que le titan Atlas était forcé de porter la Terre sur ses épaules, avaient-ils pu prévoir que quelques milliers d’années après cela allait être aux Hommes de porter Chronos au poignet ?

Bref, avoir une montre change une vie. On réitère inlassablement ce petit coup d’oeil succinct sur son poignet, même lorsqu’on a à peine vu l’heure.
Et puis la relation au temps change : je sais dorénavant que je mets 3 minutes pour me rendre de mon boulot au tramway, 7min de St. Michel au Monoprix du boulevard éponyme, etc ; enfin bref, toute ma vie rentre à présent dans de petites cases temporelles, ma vie est maintenant divisible à l’infini. Avoir une montre rend fou, prisonnier, j’ai l’impression d’avoir une métronome dans la tête, tant le fin cliquetis de la trotteuse m’hypnotise, trotteuse que j’essaie inlassablement de rattraper, mais le temps est insaisissable, il nous fuit constamment ; dans la vie il y a deux choses impossibles que l’Homme ne cesse de poursuivre : l’Amour et le temps.

L’hiver

Alors que le Soleil a été renversé
par l’astre blafard un peu trop zélé,
les va-nu-pieds dorment sans abris
grace à l’insensiblerie de leurs membres endurcis.

Et toujours là, se dresse incertaine,
tel un pied de nez à l’euphorie mondaine,
la conserve vide des jours malheureux,
qui quémande inlassablement un voeu pieu.

C’est que face à eux se pressent aux vitrines
à l’arborescence futile et à la fôlatrie enfantine
des badauds d’ici et d’ailleurs

malgré les vespérales heures.
Et dans le ciel s’inscrivent des couleurs vermeilles
car de leurs yeux scintille à nouveau le soleil.

Version #1

“Have you ever been in love? Horrible isn’t it? It makes you so vulnerable. It opens your chest and it opens up your heart and it means that someone can get inside you and mess you up. You build up all these defenses, you build up a whole suit of armor, so that nothing can hurt you, then one stupid person, no different from any other stupid person, wanders into your stupid life…You give them a piece of you. They didn’t ask for it. They did something dumb one day, like smile at you, and then your life isn’t your own anymore. Love takes hostages. It gets inside you. It eats you out and leaves you crying in the darkness, so simple a phrase like ‘maybe we should be just friends’ turns into a glass splinter working its way into your heart. It hurts. Not just in the imagination. Not just in the mind. It’s a soul-hurt, a real gets-inside-you-and-rips-you-apart pain. I hate love.”

Neil Gaiman

Pensée x

J’ouvre un tiroir dans ma mémoire.

On est en Avril -je crois- et il fait froid. Quelques jours auparavant je lui avait dit qu’à 12h30 je l’attendrai bas de cet escalator et que si elle ne comptait pas venir il fallait qu’elle me prévienne.
Je n’ai pas eu de réponse.
Alors je suis là, au pied de cet escalator, la foule défile devant mes yeux et ne m’appraît plus que comme une masse uniforme et compacte qui se déplace tel un banc de poisson dans l’océan. Je demande à une fille à l’accueil si elle n’a pas aperçu une fille plutôt châtain clair, d’environ 1m69. Elle me dit que non. Pas grave, j’attends encore et encore. Les minutes passent, les décennies aussi.
Toujours personne.
Sauf moi.
Je me sens seul, affreusement seul, c’est la pire des solitudes ; celle où l’on est entouré de centaines, milliers de personnes qui défilent dans ce centre commercial, ces milliers d’inconnus qui ne me jettent même pas un regard sur ma décrépitude.
Elle ne viendra pas. Mais j’attends encore un peu, un mince espoir réchauffant vainement mon coeur. Je n’arrive pas à pleurer mais j’en ai envie, je me frotte les yeux mais ça me fait mal car trop de larmes ont déjà coulés et il ne reste plus rien.

Je rentre chez moi, je me sens ridicule, pitoyable. J’ai envie de noyer mon désespoir dans quelque chose, c’est toujours ça quand on rentre chez soi, quand la peine est trop forte et nous accompagne jusque dans notre demeure. J’ai envie une fois de plus de me bourrer de drogues, de déléguer mon corps à un autre car cet état est trop dur à supporter. Autour de moi il n’y a que de l’herbe que je peux m’acheter. Il n’y a pas ces drogues dont j’ai besoin, c’est-a-dire ecstasy et surtout cocaïne ; si je veux de la coke je dois faire plusieurs bornes, et encore pour avoir un vieux gramme coupé avec des somnifères et/ou du bicarbonate de soude, ce qui aura pour conséquence de me faire pisser du nez 5 minutes après le premier rail.
Je vais sur un site porno, je cherche avidement un visage qui te ressemble mais je me rends compte que ça ne fera qu’accentuer mon mal-être ; alors je me regarde des vidéos au hasard mais même cette blonde qui se gargarise la bouche sur la pinne d’un grand noir ne me fait pas envie. Il me faut quelque chose de hard, genre une bite de 30cm qui éviscère une chatte imberbe, ou une vieille moche et dégueulasse qui se fait pisser dessus. Je cherche, je trouve, je regarde. Je me dégoûte, je m’écoeure. Je finis de me branler, nettoie mes doigts. Je me donne envie de vomir. Je vais sur ton fb et je regarde toutes ses photos, sans en rater une ; tiens parlant de raté, j’en suis un et un vrai.
Je traverse ma chambre, n’ose même pas me regarder dans le miroir car j’ai trop peur de qui il va refléter, grime sur mon lit ; et pleure.
Enfin. 

Conception x

La plupart des êtres humains me décoivent,
non pas parce qu’ils font des actes qui me dégoûtent
mais parce qu’au cours de l’apprentissage que je fais d’eux ils deviennent une image forcément moins belle que l’idéalisation que créait ma méconnaissance de leur personne.

Du coup je fuis avant de connaître et je consomme avant de fuir.

L’ignorance, voilà la vraie beauté.

Schizophrénie nécessaire

3 mois séparent la dernière fois où j’ai écrit quelques lignes insipides sur cette page.

Bowie résonne du fin fond de mes enceintes ; une faim tenaille mon ventre ; une soif déshydrate ma bouche ; et une migraine chatouille délicatement mon cerveau avec une aiguille à coudre.

Attablé sur mon bureau, dans ma chambre ; avec pour seule lumière le rétro-éclairage de mon écran d’ordinateur ;
auquel deux personnes font face ; deux personnes avec pour seul et unique corps le mien ; je m’abandonne à une réflexion sur ces gus.

Deux personnes : moi et mon futur moi.
Nietzsche disait “Deviens celui que tu es”
Nietzsche disait également un tas de conneries incompréhensibles de son temps.

Il est nécessaire que ces deux personnes qui sont en moi (en nous?) poursuivent un dialogue continu. Histoire que l’autre dise à l’un “N’oublie pas qui tu veux devenir” et celui-ci de répondre “Oh ta gueule qui t’a dit que je voulais devenir toi ? T’es un modèle vachement dur donc je me demande si je devrais pas revoir mes aspirations à la baisse !”

Des questions existentielles sur sa future existence que tout le monde se pose à un moment ou un autre de son égocentrique vie.

La migraine se transforme en mal de crâne ; Bowie s’est transformé Opéra ; ma soif en une sécheresse des plus arides ; et ma faim en famine. Je reviens dans 2 aspirines.

Voilà ce qui arrive lorsque je me force à écrire car j’ai la flemme de faire une activité digne de ce nom…